Vu les circonstances, il devient absolument nécessaire
d'ouvrir le port d'Anvers - déjà occupé par
les troupes alliées - puisque les principales lignes de
ravitaillement se rendaient encore jusqu'en Normandie. La tâche
est confiée à la 1re Armée canadienne,
commandée par le lieutenant-général Guy Simonds
en lieu et place du général Crerar qui était
souffrant.
Bien que Anvers était déjà occupée
par les troupes alliées, elle se trouvait à cinquante
milles de la mer, et ses abords, incluait les deux rives de l'Escaut,
l'isthme du Beveland-Sud, ainsi que l'île de Walcheren,
qui dominaient l'embouchure de la rivière contrôlée
par les Allemands. Jusqu'à ce que ces secteurs ne soient
libérés, aucun navire ne pouvait y pénétrer.
La libération de l'estuaire devait se faire en quatre étapes
principales. Il fallait d'abord dégager la région
au nord d'Anvers et fermer l'isthme de Beveland-Sud. Il fallait
ensuite dégager la « poche » de Breskens située
derrière le canal Léopold, puis réduire la
péninsule de Beveland. La dernière étape :
la prise de l'île de Walcheren.
Au début d'octobre 1944, la 2e Division d'infanterie
canadienne commence à avancer au nord d'Anvers, en vue
de couper l'accès au flanc est de l'isthme du Beveland-Sud.
Elle se dirigeait à grand pas vers l'isthme lui-même
où des parachutistes ennemis de taille fermaient la voie.
L'attaque à ciel ouvert des troupes de l'Armée
canadienne sur des terres inondées fait plusieurs morts
mais, le 16 octobre, les troupes avaient envahi Woensdrecht, aux
abords du Beveland-Sud. C'est alors que le maréchal Montgomery
ordonne le regroupement de toutes les forces, qui concentrent
leurs efforts sur l'embouchure de l'estuaire de l'Escaut. La
2e Armée britannique attaque en direction de
l'ouest afin de nettoyer les Pays-Bas au sud de la Meuse et d'isoler
la région de l'Escaut, tandis que le général
Simonds concentra ses efforts sur la région au nord de
l'isthme de Beveland. La 4e Division blindée
canadienne est transférée au nord de l'Escaut et
tente d'atteindre Bergen op Zoom. Le 24 octobre, l'isthme était
isolé et le 31 octobre la péninsule capitulait.
Des batailles aussi sanglantes se poursuivaient entretemps sur
la rive sud de l'Escaut. C'est là que la 3e
Division d'infanterie canadienne se heurte à un front allemand
tenace en tentant de franchir le canal Léopold pour nettoyer
la poche de Breskens. L'attaque est déclenchée
le 6 octobre - les adversaires étaient tenaces et pendant
trois jours, une étroite tête de pont risqua plusieurs
fois le disparaître à jamais. C'est en effet le
9 octobre qu'un assaut amphibie détruit l'emprise de l'ennemi
sur le canal, et la tête de pont est élargie. Puis
des troupes et des chars d'assauts traversent le canal et les
Allemands battent en retraite pour ensuite se réfugier
dans des abris en béton dispersés sur la côte.
Il y eut d'autres combats mais, le 3 novembre, la rive sud de
l'Escaut était libérée.
L'île de Walcheren restait le seul obstacle important empêchant
l'utilisation du port d'Anvers. Ses défenses étaient
d'une solidité à toute épreuve et il n'était
possible d'en approcher - par voie de terre - qu'en empruntant
la longue et étroite chaussée du Beveland-Sud.
Et il y avait pire encore : les terres basses encerclant cette
chaussée étaient trop saturées pour permettre
d'avancer à pied, mais n'étaient pas suffisamment
inondées pour permettre d'attaquer en bateau plat à
moteur.
L'attaque devait venir de trois directions: de l'est, par la chaussée;
du sud, par l'Escaut; et de la mer. Pour affaiblir la résistance
des Allemands, la RAF bombarde les digues de l'île
afin d'inonder la région centrale, permettant par là
aux véhicules amphibies d'y pénétrer.
Les Canadiens se lancent à l'attaque de la chaussée
le 31 octobre et, après un sinistre combat, réussissent
à s'emparer d'une tête de pont exiguë à
laquelle ils s'accrochent désespérément.
Puis la 52e Division britannique poursuit son chemin
en même temps que les attaques venues de la mer. Le 6 novembre,
Middelbourg, capitale de l'île, se rend et le 8 novembre,
toute résistance cesse. Le canal était débarrassé
des mines et le 28 novembre, le convoi entrait dans le port d'Anvers.